Lire un paysage naturel: forêts, vallées et faune
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique Sorties nature
Un paysage se lit avant de se parcourir: fonds de vallée, landes, lisières et ripisylves disent où vit la faune, et où la regarder sans la déranger.
La réponse tient en une phrase: un paysage naturel se lit comme un plan d'occupation, chaque milieu annonçant la faune qu'il peut nourrir et abriter. Le promeneur qui apprend à nommer ce qu'il voit, fond de vallée, lande, lisière, ripisylve, sait où s'arrêter, où regarder et où il est inutile d'attendre. Cette lecture, que la futaie de Tronçais exerce à petite échelle, vaut pour toutes les campagnes de France.
Quels milieux naturels abritent le plus d'espèces?
Les écologues ont un mot pour la réponse: l'écotone, la zone de contact entre deux milieux. Une lisière de forêt, une berge de ruisseau, la marge d'une lande concentrent plus d'espèces que le coeur de chaque milieu pris séparément, parce qu'elles cumulent les ressources des deux côtés. En fond de vallée, l'eau ajoute sa propre richesse: insectes aquatiques, batraciens, oiseaux de roselière, mammifères qui viennent boire à couvert. La lande, elle, offre aux reptiles et aux passereaux de plein champ ce que la forêt refuse: de la lumière au ras du sol. La ripisylve, ce rideau d'aulnes et de saules le long des cours d'eau, sert de corridor: la faune s'y déplace sans s'exposer. Retenir ces cinq mots, lisière, fond de vallée, lande, ripisylve, écotone, c'est déjà lire la moitié d'un paysage.
Quelles vallées françaises se prêtent à un séjour nature?
Les vallées de moyenne montagne et les vallons bocagers du nord et de l'ouest offrent les lectures les plus accessibles: relief doux, chemins nombreux, milieux variés sur peu de distance. En Bretagne, la vallée de l'Arguenon réunit ce programme entre château, rivière et estuaire, et un blog local décrit la faune de la vallée de l'Arguenon ainsi que les randonnées qui la parcourent, utile exemple de vallée à patrimoine mêlé. Pour choisir un secteur, l'Inventaire national du patrimoine naturel recense les espaces protégés et les milieux remarquables, commune par commune. La règle pratique reste simple: une vallée qui garde sa ripisylve et ses haies promet plus d'observations qu'un plateau labouré.
Comment observer la faune en fond de vallée?
La faune se donne aux heures basses: aube et crépuscule concentrent l'essentiel des passages. Le promeneur se place dos au vent, car l'odorat des chevreuils et des renards fait le guet à leur place, reste sur le sentier et accepte de voir peu: dix minutes d'immobilité au bord d'une ripisylve rapportent plus qu'une heure de marche. La jumelle change tout dans un fond de vallée ouvert, où les berges offrent des lignes de vue longues. Le reste est une affaire de traces: crottes, empreintes dans la boue des gués, plumes sous les perchoirs, écorces griffées. Toutes les règles de discrétion que nous détaillons dans le code du promeneur s'appliquent ici au premier chef, car la faune de vallée est à portée de chien errant.
Lisières et landes: les bords qui travaillent
La lisière est le gradient du paysage: entre l'ombre du massif et le plein champ, elle superpose les strates, baies au ras du sol, arbustes, frondaisons hautes, et chaque strate nourrit sa faune. C'est le principe que suit une haie nourricière plantée au jardin, version réduite de ce que le bord de la futaie fait en grand. La lande, quand elle survit sur les sommets secs ou les anciennes brandes, joue le rôle inverse: un milieu ouvert tenu par le feu, le pacage ou la lande à fougères, qui abrite ce que la forêt ne porte pas, lézards, fauvettes, linnottes. Un paysage riche est un paysage cousu de bords; un paysage pauvre est un paysage tout d'une pièce.
Le carnet de lecture
La lecture d'un paysage se perfectionne comme une langue: en la tenant. Un carnet suffit, avec la date, l'heure, le milieu traversé et ce qui s'y est montré; les saisons donnent ensuite leurs comparaisons, que notre calendrier des saisons met en ordre pour le massif. Le ciel fait partie de la lecture, car il annonce les pluies qui font sortir la faune: notre fiche pour nommer les nuages depuis les trouées du massif prolonge ce carnet vers le haut. Et quand la balade gagne une nuit entière, les règles changent: nous résumons ce que permet la réglementation dans notre article sur la nuit sous tente en forêt domaniale.