Planter une haie nourricière, du gland au nectar
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique Jardin au naturel
Une haie qui donne à manger toute l'année, aux oiseaux comme aux insectes, se conçoit dès le choix des essences: voici le guide.
Le principe: une table servie douze mois sur douze
Une haie nourricière n'est pas une simple ligne de thuyas. C'est un mélange d'arbustes dont les fleurs, les baies, les feuilles et les graines mûrissent en décalé, de sorte qu'il y a toujours quelque chose à manger: nectar au printemps pour les pollinisateurs, baies en été pour les oiseaux, fruits persévérants en hiver pour les fouines et les grives, feuillages pour les chenilles qui deviendront papillons. La haie champêtre traditionnelle, celle qui bordait les prés du Bourbonnais, fonctionnait exactement ainsi, avec ses aubépines, ses prunelliers, ses noisetiers et ses cornouillers. Le jardinier au naturel ne fait que rééditer ce modèle, à l'échelle de sa parcelle.
Choisir les essences locales
Les essences indigènes ont deux avantages que les variétés horticoles n'ont pas: elles portent la faune locale, insectes spécialisés compris, et elles poussent sans soin compliqué dans le climat et le sol du coin. Le noisetier fleurit dès février et nourrit les premiers bourdons; l'aubépine offre une floraison blanche nectarifère puis des baies rouges; le prunellier fait de même avec un décalage de saison; le cornouiller sanguin étale ses baies noires à la fin de l'été; le sureau noir attire une foule d'insectes sur ses ombelles. Le chêne, lui, a sa place en bout de ligne ou en arrière-plan: planté d'un gland ou d'un plant, il mettra des décennies à dominer la haie, mais ses chenilles nourrissent plus d'espèces d'oiseaux que presque tout autre arbre, ce que nous racontons aussi dans notre article sur les deux chênes de Tronçais.
Quand et comment planter
La bonne période court de novembre à mars, hors gel, avec des plants jeunes, dits de un ou deux ans, qui repartent plus vite que les grands sujets. Un sol désherbé sur un mètre de large, un trou juste à la taille des racines, un tuteur dans les zones ventées, un arrosage à la plantation puis un paillage: la recette tient en une phrase. La densité varie avec l'usage: environ un plant au mètre pour une haie libre, tous les cinquante centimètres pour un effet plus dense. Le paillage, au fait, peut parfaitement venir des feuilles de l'automne précédent, comme expliqué dans notre article sur l'or brun du jardin.
Tailler sans épuiser
Une haie nourricière se taille peu et se taille tard. La taille sévère en automne enlève précisément les baies qui auraient nourri l'hiver; la taille au printemps détruit les nids occupés. Le bon compromis: une taille d'entretien en fin d'hiver, avant le début de la nidification, et le courage de laisser chaque arbuste gagner sa forme naturelle. Une haie libre, c'est-à-dire taillée seulement en périmètre et non en plateau, héberge beaucoup plus d'espèces qu'un mur végétal rectangularisé, parce qu'elle offre des strates, des cavités et des baies à des hauteurs différentes.
Ce que la haie change autour d'elle
La haie fait plus que nourrir: elle brise le vent, ralentit l'eau de pluie, abrite les auxiliaires du potager et relie les habitats entre eux, ce que les écologues appellent un corridor. Plantée aux portes du massif de Tronçais, elle prolonge en miniature la logique de la futaie, où le mélange des essences et des âges fait la résilience de l'ensemble, une logique que la gestion forestière redécouvre face au climat, comme nous l'écrivons à propos du chêne face aux sécheresses. Et pour ceux qui veulent voir ce que deviennent les arbres qui dépassent la haie, le carnet des chênes remarquables montre le bout du chemin.
Les trois premières années
C'est la jeunesse de la haie qui décide de sa vie d'adulte. La première année, l'arrosage suit les étés secs: un apport généreux par quinze jours vaut mieux que des arrosages quotidiens superficiels, qui poussent les racines à rester en surface. Le paillage, maintenu sur une bande d'un mètre, supprime la concurrence de l'herbe et conserve l'eau. La deuxième année, on supprime seulement le bois mort, on laisse le feuillage s'installer. La troisième, une première taille de forme peut structurer l'ensemble. À ce stade, la haie commence à se défendre seule, et le jardinier ne revient plus que pour l'entretien de fin d'hiver, toujours hors période de nidification.