Feuilles mortes: l'or brun du jardin
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique Jardin au naturel
Chaque automne, la question revient: ramasser, brûler, laisser? Les feuilles mortes sont la matière première que le jardin nous offre gratuitement.
Ce que la feuille morte contient
Une feuille qui tombe n'est pas un déchet: c'est un paquet de matière organique et de minéraux que l'arbre a pompés dans le sol pendant la saison. Ramassée, séchée, brûlée ou emportée en déchèterie, cette matière quitte le jardin et l'appauvrit; il faudra la compenser par des apports extérieurs, terreau, engrais, substrats. Laissée ou réutilisée sur place, elle reconstitue le cycle que la forêt pratique depuis toujours: ce qui tombe nourrit ce qui pousse. Dans le massif voisin, la litière des chênes joue exactement ce rôle, comme le raconte le calendrier des saisons de la forêt.
Les usages au jardin, un par un
Le paillage est le premier usage. Une couche de cinq à dix centimètres de feuilles au pied des arbustes, des vivaces et sur les carrés potagers libérés protège le sol du tassement des pluies d'hiver, limite le désherbage printanier et nourrit la vie du sol en se décomposant. Les feuilles de chêne, un peu plus coriaces, se décomposent lentement: parfait sous les arbustes et aux pieds des haies, comme celles que nous conseillons de planter dans notre article sur la haie nourricière. Le compost est le second usage: les feuilles apportent le carbone qui équilibre les déchets verts azotés du potager et de la cuisine. Deux volume de feuilles pour un de matières vertes, un arrosage léger, un retournement patient, et le tout donne un compost feuillu de qualité. La réserve d'abris, enfin, se compose toute seule: un tas de feuilles dans un coin discret, à l'abri du vent, héberge carabes, staphylins, hérissons et batraciens, tous auxiliaires consommateurs de limaces.
Ce qu'il faut éviter
Brûler les feuilles détruit la matière et la qualité de l'air, et le brûlage des déchets verts est encadré par la réglementation française, qui le déconseille fortement et le restreint dans la plupart des communes. Vider systématiquement le jardin à l'automne, c'est l'inverse de la logique écologique: un sol nu en hiver perd sa faune, ses champignons et sa structure. Seule réserve: les feuilles malades, tachées de tavelure ou de marsonia, se traitent à part, en tas séparé ou en déchèterie verte, pour ne pas multiplier les spores au pied des arbres sains.
| Usage | Où | Épaisseur | Quand |
|---|---|---|---|
| Paillage | Pieds d'arbustes, vivaces, potager | 5 à 10 cm | Après la chute |
| Compost | Composteur, en mélange carboné | Par couches | Toute la saison |
| Abris à auxiliaires | Coin discret, à l'abri du vent | Un tas simple | Avant les gelées |
| Terreau de feuilles | Sac perforé, à l'ombre | Sac à moitié plein | Un an de patience |
Le jardin, une forêt en miniature
Garder ses feuilles, c'est appliquer au jardin la leçon de la futaie: en forêt, personne ne ramasse, et le sol s'enrichit pourtant à chaque automne. Les champignons mycorhiziens y décomposent la litière et échangent les nutriments avec les racines; les vers et les insectes y minéralisent la matière; la couche morte protège la couche vivante. Le jardinier au naturel copie ce fonctionnement avec ses moyens: il laisse, il recouvre, il mélange, il attend. Les feuilles du chêne du voisinage valent celles du bouleau, à ceci près qu'elles demandent plus de temps, et le temps, en jardin comme en sylviculture, est la seule ressource qu'on ne peut pas acheter. Nos pages sur la lecture d'une coupe forestière et sur le chêne face aux sécheresses prolongent cette même idée à l'échelle du paysage.
Le terreau de feuilles, grand cru du jardin
Entre le paillage et le compost, il existe une troisième voie, lente et presque passive: le terreau de feuilles. On remplit un sac percé de feuilles légèrement humides, on le pose à l'ombre, on l'oublie un an. Le résultat, fin et sombre, convient parfaitement aux semis et aux plantes d'ombre. Cette lenteur n'est pas un défaut: la feuille de chêne, riche en tanins, se décompose précisément à ce rythme, et les champignons qui s'en chargent produisent au passage une matière structurée que n'importe quel terreau du commerce cherche à imiter. La pelouse, elle, tolère une fine couche de tontes mélangées de feuilles broyées, à condition d'être ratissée avant l'hiver pour éviter l'étouffement du feutrage.