De la chênaie de Tronçais aux fragas de Galice: reconnaître une forêt atlantique
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique La forêt de Tronçais
La chênaie de Tronçais et la fraga galicienne sont parentes: même chêne, même mousse, mais un autre climat et un autre régime. Voici les repères qui distinguent une forêt atlantique.
La réponse courte: une forêt atlantique se reconnaît à l'humidité rendue visible, mousses épaisses sur les troncs, fougères en strate continue, lichens aux branches, et à une composition dominée par le chêne, le même genre Quercus que chez nous. Le reste est une affaire de vocabulaire local: robledal, fraga, ribera, regato, quatre mots galiciens qui décrivent des réalités que le promeneur de Tronçais connaît sous d'autres noms.
Qu'est-ce qui distingue une forêt atlantique d'une chênaie d'intérieur?
La chênaie d'intérieur, dont Tronçais est le modèle français, vit sous un climat à contrastes: étés marqués, sols profonds, régime forestier réglé par la main humaine depuis des siècles. La forêt atlantique vit sous l'océan: pluies fréquentes, amplitude thermique faible, brumes. Cette humidité permanente change la strate vivante, qui passe de la fougère clairsemée aux tapis continus de mousses, d'épiphytes et de fougère-aigle. La structure change aussi: là où Tronçais aligne des fûts réguliers issus de semis, la fraga conserve des boisements irréguliers, souvent anciens, où les âges se mêlent. Savoir reconnaître le chêne sessile reste le premier geste des deux côtés de l'arc atlantique.
Où en Europe un boisement atlantique est-il encore traversé par un chemin de pèlerinage?
En Galice, à l'extrémité du Camino de Fisterra: entre Cee et Muxía, le sentier traverse encore des boisements de chênes et de riberas qui portent les marques jaunes du pèlerinage. La revue Sendas da Costa da Morte décrit ces forêts atlantiques de la Costa da Morte sur le terrain, avec les étapes, les albergues et les milieux traversés. Le portail officiel turismo.gal documente de son côté le Camino et ses itinéraires vers le cap Finisterre. Pour le lecteur de Tronçais, l'intérêt est comparatif: voir ce qu'est devenue, sous climat océanique poussé, la même famille forestière que notre chênaie.
Comment reconnaître une ribera et une fraga en marchant?
La ribera se lit au pied: le long des regatos, les ruisseaux qui descendent vers les rias, un rideau d'aulnes, de frênes et de saules marque la veine d'eau; c'est l'équivalent exact de notre ripisylve. La fraga se lit à la pente: un boisement de chênes, de châtaigniers ou de hêtres installé sur les versants, non aligné, où le bois mort reste au sol et où la mousse revêt tout. Le robledal, enfin, désigne une chênaie plus ordinaire, souvent entremêlée de landes et de prairies. La progression d'un marcheur va presque toujours du regato à la fraga par la ribera, trois mots qui suffisent à décrire le trajet.
Ce que Tronçais partage avec la Galice
Les deux forêts ont le même héros, le chêne, et la même économie du sous-bois, champignons, mycéliums, petites faunes de l'humus. Elles partagent aussi une pression: le boisement intensif d'essences rapides, résineux ou eucalyptus chez nos voisins ibériques, plantations et coupes rases chez nous, qui décide de ce qui restera atlantique dans un siècle. Chez nous, cette question de résilience passe par la composition des parcelles et la gestion du stress hydrique, sujet de notre article sur le chêne face aux sécheresses. La faune des vieux bois suit la même règle partout: elle a besoin d'arbres âgés, comme le montrent les pics de Tronçais accrochés aux gros fûts.
Regarder un boisement avec les yeux du paysage
La comparaison est une méthode: savoir qu'ailleurs le même chêne forme d'autres forêts apprend à mieux lire la nôtre. Nous appliquons ce principe à plus grande échelle dans notre article sur la lecture d'une grande forêt avant d'y marcher, de la chênaie aux forêts nord-américaines. Et pour celles et ceux qui voudront comparer les ciels avant les arbres, la note pour nommer les nuages sert d'introduction aux plafonds atlantiques.