Les pics de Tronçais, charpentiers de la vieille futaie
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique Biodiversité
Ils tapent, ils creusent, ils logent la moitié de la forêt: les pics sont les maçons de la chênaie, et les vieilles futaies de Tronçais sont leurs chantiers.
Des charpentiers qui logent le monde
Un pic ne creuse pas pour le plaisir du bec. Chaque printemps, la plupart des espèces françaises taillent dans un tronc mort ou affaibli une loge ronde, au fond de laquelle la couvée grandit à l'abri. Puis la famille part, et le logement reste: chouettes hulottes, mésanges, sittelles, chauves-souris et insectes xylophages s'y succèdent pendant des années. Dans une forêt à grands arbres, les pics sont ainsi des espèces ingénieurs: leur travail de forage conditionne le toit de dizaines d'autres espèces. Les vieilles futaies de Tronçais, avec leurs gros bois et leurs arbres à cavités, offrent précisément la matière première de cette économie du trou.
Le massif héberge plusieurs espèces de pics, documentées de longue date par les observateurs locaux, dont le pic noir, le plus grand d'entre eux, dont le chant territorial porte à distance et dont les loges oblonges, taillées dans les gros hêtres et chênes, servent ensuite à des hôtes exigeants. La presse régionale a compté parmi les oiseaux remarquables du massif, outre les pics, l'aigle botté, l'engoulevent d'Europe ou encore la chouette hulotte: une liste qui dit la diversité des milieux, de la futaie profonde aux clairières sablonneuses.
Le pic mar, spécialiste des vieilles chênaies
Le pic mar mérite une mention à part. Plus petit que l'épeiche, exigeant sur l'âge des arbres, il est dans une grande partie de la France le signe le plus net d'une chênaie mûre: il niche dans les cavités des gros chênes et prospecte les fines branches mortes de la canopée, là où les gros becquets ne montent pas. Ses populations suivent l'état des vieilles futaies, et sa présence est utilisée comme indicateur de naturalité par les naturalistes qui étudient ces milieux. C'est dire si la manière de gérer une chênaie, du diamètre des arbres conservés au volume de bois mort laissé sur pied, retentit directement sur la communauté des pics.
Le bois mort, vivrier du chantier
Rien ne fonctionne sans bois mort. Larves de coléoptères, fourmis, champignons: la matière ligneuse morte nourrit le pic et son couvert, et sa raréfaction est la première cause de déclin des espèces cavernicoles. La gestion contemporaine des forêts publiques intègre ce paramètre en conservant des arbres habitats et du bois mort au sol, au titre de la préservation de la biodiversité. À Tronçais, cette attention s'inscrit dans le label Forêt d'Exception reçu en 2018, qui reconnaît la valeur patrimoniale du massif, y compris dans ses dimensions biologiques.
Les entendre sans les déranger
Le pic se reconnaît d'abord à l'oreille. Tambourinage printanier du pic épeiche, roucoulades du pic vert, cris brefs en vol onduleux: une matinée d'avril dans la chênaie suffit souvent à recenser trois espèces sans les voir. L'observation demande de la patience et une règle d'or, celle que détaille notre article sur l'observation sans dérangement: on s'arrête à distance des loges, on ne s'approche jamais d'une cavité occupée, on quitte les lieux si l'oiseau marque une pause prolongée à l'entrée.
Pour situer les pics dans l'ensemble de la vie du massif, deux lectures complètent utilement celui-ci: notre page sur les oiseaux de l'étang de Goule, où la roselière prend le relais de la futaie, et le calendrier des saisons, qui date les chants, les tambourinages et les couvées. Quant aux arbres qui portent les loges, les plus beaux sujets du massif sont recensés dans le carnet des chênes remarquables.
Les reconnaître en trois secondes
Le tambourinage remplace la carte d'identité: le pic noir roule lentement et puissamment, presque une seconde d'un seul trait, le pic épeiche enchaîne des rafales courtes et sèches, et le pic mar, plus discret, tambourine moins longtemps et moins fort. Le pic vert, lui, se repère à son rire sonore descendant, très audible dès les premiers beaux jours, alors qu'il cherche souvent les fourmilières au sol, en lisière. Un après-midi de mars, immobile au bord d'une laye, suffit pour apprendre ces signatures-là, et elles restent valables dans toutes les vieilles futaies de France.