De la chênaie de Tronçais aux forêts boréales: lire une grande forêt avant d'y marcher
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique La forêt de Tronçais
Une grande forêt se lit avant de s'y engager: âge, régime, essences et usage du sol disent ce qu'elle attend du marcheur.
La réponse tient en une habitude: avant de marcher dans une grande forêt, on lit son histoire, son régime et son économie, car ces trois couches décident de ce qu'on y trouvera. Tronçais s'apprend par la sylviculture de Colbert; la forêt boréale canadienne s'apprend par le feu, le climat et le vide. Comparer les deux n'est pas un exercice d'exotisme: c'est ce qui rend la lecture d'ici plus exacte.
Qu'est-ce qui distingue une forêt boréale d'une chênaie française?
Trois différences dominent. La composition d'abord: la boréale est une forêt de conifères, épinettes, pins, sapins, sur des sols pauvres et un climat dur; la chênaie est feuillue, sur sol profond, sous climat tempéré. Le régime ensuite: la boréale se régénère par le feu, qui rouvre les peuplements et déclenche les graines des serotins; Tronçais se régénère par la coupe de régénération, la lumière dosée par le forestier, dont notre article sur la futaie de Colbert raconte l'origine. L'échelle enfin: la boréale se mesure en milliers de kilomètres carrés continus, le massif bourbonnais en dizaines. L'une est un océan d'arbres, l'autre un jardin de grande hauteur.
Où marcher en forêt au Canada?
Le Québec offre les marches boréales les plus accessibles aux francophones: parcs nationaux et réserves fauniques balisés, où le sentier monte à travers l'épinette jusqu'aux sommets dénudés. Le blog Voyageurs Audacieux décrit notamment la randonnée de l'Acropole des Draveurs dans les Hautes-Gorges de Charlevoix, l'itinéraire emblématique de la région. Le portail officiel parcs.canada.ca donne l'état des sentiers, les fermetures et les règles de chaque parc, à vérifier avant tout départ. Pour qui compare depuis Tronçais, l'intérêt est de voir ce qu'une forêt sans gestionnaire a de différent: l'absence de parcelle, le bois mort partout, l'ours comme risque réel.
Comment préparer une randonnée en forêt profonde?
La forêt profonde change les paramètres: distances longues, absence de signal, faune qui n'a pas peur de l'homme. La préparation y gagne trois étages: le tracé vérifié sur carte et déclaré à un proche, l'autonomie réelle en eau et en nourriture, et la lecture des risques propres au pays, incendies, orages, grands animaux. Là où Tronçais pardonne une erreur de timing, la forêt boréale la facture. Le carnet de méthode reste le même: on note ce qu'on voit, on compare aux saisons, comme le fait notre calendrier des saisons pour le massif.
Lire l'histoire d'un massif avant ses sentiers
Le geste de lecture préalable vaut partout: savoir si la forêt a été plantée, brûlée, pâturée ou laissée à elle-même dit tout de son sous-bois et de sa faune. À Tronçais, cette histoire est une ordonnance de 1670; dans la boréale, c'est le dernier feu. Notre article sur la forêt atlantique de Galice applique la même comparaison à la fraga, forêt voisine par le climat mais de régime tout autre. Le promeneur qui lit ainsi ne visite plus une forêt: il la reconnaît.
Ce que la comparaison apprend
Comparer les forêts n'appauvrit pas la nôtre: il la rend lisible. Sous les chênes de Colbert comme sous les épinettes de Charlevoix, la même question se pose au marcheur, « qui a fait ce paysage, et quand ». La réponse donne la forêt; la forêt donne la marche. Et quand la lecture devient préparation d'un séjour, notre article sur la nuit sous tente en forêt domaniale précise ce que le droit permet de ce côté-ci de l'Atlantique.