Qu'est-ce qu'une chênaie? Les grands types de chênaies en France
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique La forêt de Tronçais
Une chênaie est une forêt où le chêne domine. Derrière ce mot simple se cachent des milieux très différents, de la futaie de chênes sessiles du Centre aux bois de chênes verts du Midi.
Une chênaie est une forêt dans laquelle le chêne est l'essence dominante. En France, elle prend des visages très différents selon l'espèce de chêne, le sol et le climat: futaie de chênes sessiles sur les sables du Centre, chênaie à charme des sols frais, bois clair de chênes pubescents sur les coteaux calcaires, forêt de chênes verts dans le Midi. La forêt domaniale de Tronçais, dans l'Allier, en donne un exemple très lisible: le chêne sessile y est l'essence principale sur 95 % de la surface.
Qu'est-ce qu'une chênaie, au juste?
Le mot désigne un peuplement forestier où le chêne prédomine, sans y être forcément seul. Il vient de l'ancien français chesnay, formé sur le nom gaulois du chêne et un suffixe collectif, sur le même modèle que hêtraie pour le hêtre ou frênaie pour le frêne. Une chênaie peut être presque pure, quand le chêne occupe tout l'étage des grands arbres, ou mélangée: le charme, le hêtre, le frêne, l'alisier ou le merisier accompagnent alors le chêne, souvent dans un étage inférieur.
Le terme ne dit rien de l'âge ni de la gestion. Une chênaie peut être une vieille futaie de fûts droits, un taillis de rejets de souche coupé à intervalles réguliers ou un bois clair parcouru par les troupeaux. Il ne dit pas non plus quelle espèce domine, et c'est là que commence la vraie lecture du paysage.
À l'échelle du pays, ces peuplements comptent. Selon l'inventaire forestier de l'IGN, les peuplements feuillus couvrent 68 % de la superficie forestière de l'Hexagone et de la Corse, et les chênes figurent parmi les essences principales, aux côtés du hêtre et des pins.
Quels chênes forment les chênaies françaises?
Six chênes indigènes portent les principaux types de chênaies du pays. Deux d'entre eux règnent sur la moitié nord et le Centre, le chêne sessile et le chêne pédonculé, que l'on confond facilement: notre guide pour distinguer le sessile du pédonculé détaille les critères du gland et de la feuille. Les quatre autres dessinent des chênaies plus méridionales ou plus spécialisées, chacune liée à un sol et à un climat.
| Chêne | Nom latin | Feuillage | Sols de prédilection | Où le trouver | Chênaie formée |
|---|---|---|---|---|---|
| Sessile, ou rouvre | Quercus petraea | Caduc | Filtrants, légèrement acides: limons, sables | Moitié nord, Centre | Rouvraie, futaie de chêne sessile |
| Pédonculé | Quercus robur | Caduc | Frais à humides, plutôt riches | Plaines, vallées, bocage | Chênaie à charme des sols frais |
| Pubescent | Quercus pubescens | Marcescent, duveteux dessous | Calcaires, coteaux secs | Midi et coteaux calcaires plus au nord | Bois clairs de chêne pubescent |
| Vert, ou yeuse | Quercus ilex | Persistant | Secs, souvent calcaires | Midi méditerranéen, Corse | Yeuseraie |
| Liège | Quercus suber | Persistant | Sans calcaire | Maures, Albères, littoral landais, Corse | Suberaie |
| Tauzin | Quercus pyrenaica | Caduc, très découpé et duveteux | Pauvres, sans calcaire | Tiers sud-ouest, Anjou, Touraine | Bois de tauzin du Sud-Ouest |
Comment reconnaître le type d'une chênaie sur le terrain?
Trois indices suffisent le plus souvent. Le premier est le feuillage en hiver. Une chênaie qui reste verte en janvier est une yeuseraie ou une suberaie, car le chêne vert et le chêne-liège gardent leurs feuilles toute l'année. Des feuilles sèches restées accrochées jusqu'au printemps signalent souvent le chêne pubescent, dont le feuillage est marcescent. Une chênaie entièrement dénudée relève plutôt du sessile, du pédonculé ou du tauzin.
Le deuxième indice est le sol et la place dans le paysage. Le chêne pédonculé tient les fonds de vallée et les sols frais et riches, et supporte l'engorgement. Le sessile préfère les plateaux et les pentes aux sols filtrants, et tolère mieux les sécheresses d'été. Le pubescent s'installe sur les coteaux calcaires ensoleillés, tandis que le chêne-liège et le tauzin fuient le calcaire.
Le troisième indice est le cortège des arbres et des plantes qui accompagnent les chênes. Une chênaie où le charme forme un étage dense sous les grands arbres appartient au groupe des chênaies à charme, typiques des sols frais et assez riches. Un sous-bois de bruyère, de fougère aigle et de bouleaux annonce au contraire un sol acide et pauvre. Ces plantes indicatrices sont la grammaire des forestiers: elles décrivent le sol avant même qu'on le creuse.
Comment vit une chênaie?
Le houppier du chêne laisse passer davantage de lumière que celui du hêtre, si bien qu'une chênaie adulte garde souvent un sous-bois habité: houx, noisetiers, ronces, jeunes charmes. Cette structure en étages multiplie les abris et les ressources, du sol jusqu'à la cime.
Le cycle de la chênaie tourne autour du gland. À l'automne, la glandée nourrit sangliers, cerfs, écureuils et oiseaux. Le geai des chênes en transporte plusieurs à la fois et les enterre pour l'hiver; ceux qu'il ne retrouve pas peuvent germer. L'oiseau joue ainsi le rôle de planteur, en disséminant les chênes loin de l'arbre mère, là où la gravité seule ne les porterait jamais.
Les vieux arbres et le bois mort complètent le système. Cavités, branches sèches et troncs tombés hébergent insectes, champignons, chauves-souris et oiseaux qui nichent dans les trous, à commencer par les pics. Une chênaie qui conserve ses vieux sujets et une part de bois mort reste plus riche en espèces qu'un peuplement jeune et uniforme, parce qu'elle offre des logis que seul le temps fabrique.
Futaie ou taillis: que l'homme a-t-il fait des chênaies?
Presque toutes les chênaies françaises portent la marque de leur gestion passée. Le taillis est fait de tiges issues de rejets de souche, recépées à intervalles réguliers pour le bois de feu; dans les taillis de chêne, on coupait autrefois tous les vingt à trente ans et l'on faisait sécher l'écorce pour en tirer le tan des tanneurs. La futaie est faite d'arbres nés de graines, conduits jusqu'à de grandes dimensions pour le bois d'œuvre. Le taillis sous futaie combine les deux: un étage de taillis coupé régulièrement, au-dessus duquel on réserve des chênes destinés à la construction.
Ce régime mixte est traditionnellement rattaché à la grande ordonnance forestière de 1669, voulue par Colbert pour assurer à la fois le bois de chauffage et le bois de marine. Son héritage reste lisible surtout dans les chênaies, et une partie des anciens taillis sous futaie a depuis été convertie en futaie. Dans une futaie régulière, les arbres d'une même parcelle ont un âge proche; dans une futaie irrégulière, plusieurs générations se côtoient sur la même parcelle.
Pourquoi Tronçais est-elle une chênaie de référence?
La forêt domaniale de Tronçais couvre près de 10 600 hectares dans le nord-ouest de l'Allier. Le chêne sessile y est l'essence principale sur 95 % de la surface, le pin occupant environ 5 % sur les sols les plus pauvres; le hêtre et le charme accompagnent les chênes. C'est donc une rouvraie, conduite en futaie régulière par l'Office national des forêts.
Sa singularité tient au temps. La durée prévue entre la naissance d'une parcelle et sa récolte, que les forestiers appellent la révolution, a été fixée à 140 ans en 1835, puis allongée jusqu'à 250 ans pour l'aménagement de 1976 à 2000. Le plan suivant, de 2001 à 2025, prévoyait 7 330 hectares de chênes conduits sur 250 à 300 ans. Cette patience remonte à la réformation de 1670, que nous racontons dans notre article sur la futaie voulue par Colbert. Depuis mai 2018, Tronçais porte le label Forêt d'Exception, la première forêt domaniale d'Auvergne à l'avoir reçu.
Les chênaies résisteront-elles aux sécheresses?
Toutes les chênaies ne sont pas exposées de la même façon. Le chêne pédonculé supporte mal les fortes sécheresses estivales, contrairement au sessile: les chênaies pédonculées installées sur des sols qui s'assèchent sont donc les plus fragiles. Le pubescent et le chêne vert, espèces adaptées à la chaleur et au manque d'eau, occupent déjà les situations les plus sèches. Nous détaillons les dépérissements observés et les choix qui s'offrent aux gestionnaires dans notre dossier sur les chênaies face aux sécheresses.
Peut-on recréer un coin de chênaie au jardin?
Un jardin ne fera pas une forêt, mais il peut en reprendre la logique. Le premier geste consiste à choisir le chêne de son sol: pédonculé dans une terre fraîche et profonde, sessile sur un sol drainé, pubescent sur un sol calcaire et sec. Le chêne développe tôt une racine pivotante; un jeune plant reprend donc mieux qu'un sujet déjà grand, et il faut lui réserver la place d'un arbre appelé à vivre des siècles.
Le second geste consiste à copier le sous-bois. Une haie d'essences locales en lisière, charme, noisetier, aubépine, houx, recrée l'étage inférieur de la chênaie et nourrit les oiseaux. Les feuilles de chêne, laissées au pied des arbustes ou mises en tas, se décomposent lentement et nourrissent le sol comme la litière de la forêt. Les glands tombés attirent geais et écureuils: un seul vieux chêne fait déjà vivre un petit monde autour de lui.
Questions fréquentes
Quelle différence entre une chênaie et une forêt de feuillus?
Une forêt de feuillus regroupe tous les arbres à feuilles larges: chênes, hêtres, charmes, frênes ou bouleaux. On ne parle de chênaie que lorsque le chêne y domine. Une forêt de feuillus dominée par le hêtre est une hêtraie, une forêt dominée par le frêne une frênaie.
Comment s'appelle une forêt de chênes verts ou de chênes-lièges?
Une forêt de chênes verts est une yeuseraie, du nom ancien du chêne vert, l'yeuse. Une forêt de chênes-lièges est une suberaie, d'après le nom latin de l'espèce, Quercus suber. Une forêt de chênes sessiles est parfois appelée rouvraie, du nom de rouvre donné au chêne sessile.
Une chênaie est-elle forcément ancienne?
Non. Une chênaie peut être un jeune peuplement issu de semis naturels ou de plantation, un taillis régulièrement coupé ou une futaie pluriséculaire. L'âge se lit au diamètre des troncs, à la présence de vieux arbres creux et au bois mort, bien plus qu'au nom donné au peuplement.