Pourquoi un magazine sur une seule forêt
Par La rédaction de L'Aubier · · rubrique Le Journal
Les magazines nature couvrent le monde entier. Nous avons choisi l'inverse: dix mille hectares, et tout ce qui y vit.
La profondeur plutôt que l'étendue
La forêt de Tronçais tient dans un carré d'environ dix kilomètres de côté, et pourtant aucune vie humaine n'en épuiserait le contenu. Quatre siècles de sylviculture documentée, environ 10 583 hectares de massif, des dizaines d'arbres portant des noms et des histoires, des étangs, des pics, des tonneliers, des promeneurs, des débats de gestion: la matière dépasse ce qu'un magazine peut traiter en une décennie. C'est le paradoxe de l'information nature: plus le périmètre est petit, plus le récit est profond. En couvrant une seule forêt, nous pouvons suivre les mêmes parcelles au fil des saisons, vérifier les mêmes arbres d'année en année, et rendre compte des mêmes chantiers avant, pendant et après.
Une adresse qui parle forêt depuis longtemps
Ce domaine, cpie-troncais.com, a hébergé pendant un quart de siècle le site d'une maison de la nature du Pays de Tronçais, active de 2001 aux années récentes auprès des écoles et des familles du secteur. Le magazine qui paraît aujourd'hui à cette adresse poursuit, avec ses propres moyens et sa propre équipe de rédaction, le même attachement: faire connaître la chênaie à ceux qui l'habitent et la visitent. Nous écrivons tous nos textes, nous ne reprenons aucun contenu des publications qui nous ont précédés sur ce nom de domaine, et nos sources sont publiques: Office national des forêts, collectivités, associations locales, presse régionale. Notre politique éditoriale détaille ces engagements.
Ce que le lecteur y gagnera
D'abord des repères: savoir ce qui se passe dans la chênaie au moment où l'on y entre, grâce au calendrier des saisons. Ensuite des clefs de lecture: distinguer le chêne sessile du pédonculé, comprendre une coupe, reconnaître un pic. Puis des adresses vivantes: le carnet des chênes remarquables, qui recense les arbres nommés du massif, et nos guidances de sortie, comme le chemin des chênes remarquables. Enfin une mémoire: ce magazine documente le Tronçais de demain, un état des lieux auquel pourront se comparer les suivants.
Les limites que nous nous fixons
Nous ne sommes ni l'Office national des forêts, ni une collectivité, ni une association naturaliste, et nous ne parlons pas en leur nom: quand nous évoquons la gestion du massif, nous partons de documents publics et nous les citons comme tels. Nous ne vendons rien, nous ne prenons pas de réservation, nous n'organisons pas de sortie. Ce que nous faisons, c'est du journalisme de proximité appliqué à un massif: observer, vérifier, raconter. Si vous marchez dans le massif et voulez nous signaler une observation, une erreur ou un sujet, écrivez-nous via notre page contact. Le journal d'une forêt, comme celui d'une ville, se nourrit de ses lecteurs.
Ce que « suivre » veut dire
Suivre une forêt, pour un magazine, cela veut dire des choses concrètes: revenir aux mêmes parcelles, refaire les mêmes photographs des mêmes arbres, relever les mêmes dates de débourrement et de chute des feuilles, noter les chantiers avant et après. C'est ce qu'on appelle, en sciences, une série longue, et c'est la seule méthode qui permette de dire quelque chose du changement. Un reportage volé ici et là ne verra jamais un dépérissement s'installer; une série de visites, si. Le calendrier des saisons et le carnet des chênes sont les deux instruments de cette ambition, modestes mais tenus.
La suite de cette adresse
Les maisons de la nature du réseau français des centres permanents d'initiatives pour l'environnement ont accompagné, depuis les années 1980, la sensibilité écologique des territoires ruraux: sorties scolaires, expositions, conseils aux jardiniers, inventaires participatifs. Le site qui occupait cette adresse pendant un quart de siècle relevait de cette famille. Le magazine qui le remplace ne reprend ni son nom, ni son statut associatif, ni ses activités: il en garde l'esprit, la conviction qu'un territoire s'apprend sur le terrain, et l'adresse, tout simplement. Ce patrimoine d'attention, nous espérons le mériter à notre tour, avec les outils du journalisme plutôt que ceux de l'animation.